01Le branchement d'un immeuble, partagé entre tous
Une maison reçoit un branchement à elle seule. Un immeuble collectif, lui, mutualise la plus grande partie du sien : un seul câble arrive du réseau public, et c'est à l'intérieur du bâtiment que l'énergie est répartie entre les logements, les locaux professionnels et les parties communes. La colonne montante est cette partie mutualisée, verticale le plus souvent, qui relie le pied d'immeuble aux étages.
Le droit en donne une définition précise depuis l'article 176 de la loi ELAN, repris aux articles L. 346-1 et suivants du code de l'énergie : sont visés les ouvrages électriques placés en aval du coupe-circuit principal et nécessaires au raccordement des consommateurs ou producteurs de l'immeuble, à l'exception des dispositifs de comptage. Ce que cette définition a changé pour la propriété de la colonne est expliqué sur la page loi ELAN et copropriété. Ici, nous restons sur le fonctionnement.
- Phases et dérivations
- Conducteur de terre
- Distributeur en gaine
- Compteur
02Six organes, du sous-sol au tableau
Les appellations varient d'un immeuble et d'une époque à l'autre, mais la chaîne se retrouve presque partout. Voici ce que chaque maillon fait, en partant de l'arrivée du réseau.
- Organe
- Fonction
- Coupe-circuit principal collectif (CCPC)
- Point d'entrée de l'immeuble, en pied de colonne. Ses fusibles protègent la colonne entière et permettent de la séparer du réseau. Il appartient en règle générale au réseau public, et lui seul permet une mise hors tension en amont.
- Colonne
- Les trois phases et le neutre, qui montent dans la gaine technique des parties communes. Les ouvrages récents sont en câbles isolés ; les plus anciens ont parfois des conducteurs nus ou peu protégés, qui demandent une attention particulière.
- Distributeur d'étage
- Boîtier posé sur la colonne à chaque palier desservi. Il porte les coupe-circuits de dérivation, un par logement, et sert de point de raccordement des lignes individuelles.
- Dérivation individuelle
- La ligne qui relie le distributeur au comptage d'un logement, le plus souvent en monophasé. Elle traverse le palier puis, selon l'emplacement du compteur, la cloison de l'appartement.
- Compteur et disjoncteur de branchement
- Le compteur mesure ; le disjoncteur de branchement, aussi appelé AGCP (appareil général de commande et de protection), coupe et protège, et il est réglé selon la puissance souscrite. Les deux sont en règle générale des ouvrages du gestionnaire de réseau.
- Colonne de terre
- Le conducteur de protection commun, relié à la prise de terre de l'immeuble, auquel chaque logement raccorde son propre circuit de terre. Elle ne fait pas partie des ouvrages visés par la loi ELAN.
03Trois phases à se partager
La distribution publique basse tension est triphasée : entre une phase et le neutre, on mesure 230 V ; entre deux phases, 400 V. Un appartement ordinaire n'utilise qu'une phase et le neutre. L'électricien qui a monté la colonne a donc réparti les logements, étage après étage, entre les trois phases, de façon à ce qu'aucune ne porte seule l'essentiel de la charge.
Cet équilibre se dégrade avec le temps. Les logements changent d'usage, certains passent au tout électrique, d'autres restent sobres, et une phase peut finir nettement plus sollicitée que ses voisines. C'est souvent là qu'apparaissent les premiers échauffements, sur les connexions de la phase la plus chargée.
Un logement peut aussi être raccordé en triphasé, par exemple pour une pompe à chaleur de forte puissance. La demande passe par le gestionnaire de réseau, qui vérifie ce que la colonne peut encore fournir ; le parcours côté copropriétaire est décrit sur votre logement et sa dérivation.
04Deux normes, séparées par un disjoncteur
La frontière technique et la frontière de responsabilité coïncident : elles passent aux bornes de sortie du disjoncteur de branchement.
| Repère | NF C 14-100 | NF C 15-100 |
|---|---|---|
| Objet | Les installations de branchement à basse tension | Les installations électriques intérieures |
| Ouvrages couverts | CCPC, colonne, distributeurs, dérivations, emplacement du comptage | Tableau, protections différentielles, circuits, prises, liaisons de terre du logement |
| Qui en répond | Réseau public ou Copropriété selon le statut de la colonne | Copropriétaire pour son logement, Copropriété pour les services généraux |
| Qui y travaille | Le gestionnaire de réseau, ou l'entreprise mandatée par la copropriété pour une colonne restée privée, en coordination avec lui | L'électricien choisi par le propriétaire de l'installation |
Une colonne restée privée doit être tenue conforme à la NF C 14-100 par la copropriété, et c'est sur cette base que se rédige le cahier des charges d'une rénovation. Pour une colonne transférée, cette conformité est l'affaire du gestionnaire de réseau.
05Ce qui fatigue une colonne
Un conducteur bien dimensionné et bien serré peut durer très longtemps. Ce sont les points de jonction et les conditions autour de l'ouvrage qui le font vieillir :
- Les connexions qui se desserrent au fil des cycles de chauffe et de refroidissement, et dont la résistance augmente
- L'humidité d'une cave ou d'une descente d'eau voisine, qui oxyde les contacts et dégrade les isolants
- La charge qui progresse sans que l'ouvrage soit renforcé : chauffage, eau chaude, cuisson à induction, recharge de véhicules
- Les phases déséquilibrées, qui concentrent l'échauffement sur un seul conducteur et sur ses connexions
06Du principe à votre immeuble
Connaître la chaîne permet de poser la bonne question au bon interlocuteur. Selon votre situation :
- vous voulez savoir qui est propriétaire de la colonne et qui la renouvelle : loi ELAN et copropriété ;
- vous voulez faire examiner l'état de l'ouvrage et de sa gaine : diagnostic d'immeuble ;
- vous devez créer une alimentation d'étage ou compléter une colonne : installation ;
- la colonne privée ne suit plus les usages : remplacement, puis qui paie quoi.