Une colonne montante vieillit lentement et sans bruit. Elle a souvent été posée pour des logements qui avaient un éclairage, un réfrigérateur et quelques prises, puis a vu arriver le chauffage électrique, les plaques à induction, les ballons d'eau chaude et, plus récemment, les pompes à chaleur. Le diagnostic consiste à savoir si elle supporte encore cet usage et dans quel état elle se trouve, avant qu'un incident ne réponde à la place du syndic.
Pourquoi diagnostiquer, et pour qui
Le diagnostic n'a pas le même usage selon le statut de la colonne, que vous pouvez vérifier sur la loi ELAN et votre copropriété :
- colonne transférée au réseau : le rapport étaie le signalement que le syndic adresse au gestionnaire de réseau. Une description datée, avec photos et relevés, se traite plus sérieusement qu'un appel. Il traite aussi les éléments restés privés autour de la colonne ;
- colonne restée privée : c'est le point de départ de toute décision. Il permet à l'assemblée de voter en connaissance de cause et sert de base au cahier des charges des travaux, ou à la remise en état préalable à un transfert.
Ce que le syndic peut relever lui-même
Avant toute visite, quelques informations rassemblées par le syndic ou le conseil syndical font gagner beaucoup de temps :
- L'année de construction de l'immeuble et celle de la colonne, qui ne coïncident pas toujours : beaucoup d'immeubles anciens ont reçu leur colonne bien après leur construction.
- L'historique des coupures : un logement isolé qui perd le courant relève en général de son installation, plusieurs logements d'un même étage ou d'une même colonne en même temps orientent vers l'ouvrage commun.
- Les refus ou limitations de puissance dont des copropriétaires ont fait état : ils signalent une colonne arrivée à sa capacité.
- Les interventions passées du gestionnaire de réseau dans la gaine, avec leur date et leur objet si un compte rendu a été remis.
- Les projets en cours : divisions de lots, transformation de locaux en logements, passage d'une chaufferie collective à des équipements électriques individuels, recharge de véhicules.
Ce que nous examinons sur place
La gaine et son environnement
La gaine est la partie que l'on oublie et celle qui pose le plus souvent problème. Nous vérifions :
- sa fermeture : portes ou trappes présentes, en état, fermant correctement ;
- son recoupement entre niveaux, qui empêche un feu ou des fumées de passer d'un étage à l'autre par la gaine ;
- son dégagement : une gaine encombrée de cartons, de pots de peinture ou de matériel de ménage gêne les interventions et alimente un incendie ;
- l'humidité : une gaine électrique qui longe une descente d'eaux usées ou une colonne d'eau, ou un pied de colonne en cave inondable, est un facteur de dégradation rapide ;
- les passages ajoutés : câbles de télécommunication ou circuits privés introduits dans la gaine au fil des années, sans autorisation.
Les ouvrages électriques visibles
Sans démonter ce qui est sous scellés, l'examen porte sur :
- la nature des conducteurs et de leur support, qui renseigne sur l'âge de la colonne. Les colonnes les plus anciennes, à conducteurs nus ou faiblement protégés, appellent une vigilance particulière ;
- les coupe-circuits de dérivation aux étages : boîtiers fissurés, noircis, déformés par la chaleur ;
- les dérivations individuelles : sections apparentes, raccordements, traversées de cloisons ;
- les traces de chauffe : isolants jaunis ou cassants, odeur caractéristique, marques autour des connexions.
La terre et les services généraux
La colonne de terre et la prise de terre de l'immeuble sont contrôlées : continuité jusqu'aux étages, état des connexions, valeur mesurée. C'est un point fréquent de non-conformité dans les immeubles anciens, et il reste en général à la charge de la copropriété même après le transfert de la colonne.
Le tableau des services généraux et ses circuits (éclairage, ascenseur, ventilation, portes automatiques) sont examinés dans le même passage, puisqu'ils partagent souvent les mêmes locaux techniques.
La thermographie
Une caméra thermique permet de repérer, sans ouvrir, une connexion qui chauffe anormalement. La mesure n'a de sens qu'en charge : nous la planifions à une heure où les logements consomment, plutôt qu'en milieu de matinée dans un immeuble vide.
Ce que le diagnostic ne permet pas
Un examen sans démontage ne garantit pas l'état intérieur d'un conducteur ni d'une connexion cachée. Il ne permet pas non plus de dire quand le gestionnaire de réseau renouvellera une colonne transférée : ce calendrier est le sien. Nous le disons dans le rapport plutôt que de laisser croire à une certitude.
Nous n'intervenons pas sur les ouvrages du réseau sous scellés. Si un contrôle exige une ouverture en amont des compteurs, il se fait avec le gestionnaire de réseau ou par lui.
Le rapport remis au syndic
Le rapport est écrit pour être lu par un conseil syndical, pas seulement par un technicien. Il comporte :
- le statut de la colonne tel qu'il ressort des pièces fournies ;
- les constats, localisés par étage et par gaine, avec photographies ;
- un classement entre ce qui relève du gestionnaire de réseau, ce qui relève de la copropriété et ce qui relève d'un copropriétaire ;
- les priorités : ce qui présente un danger, ce qui doit être traité à court terme, ce qui peut être programmé ;
- pour les éléments à la charge de la copropriété, une description des travaux suffisante pour consulter des entreprises.
La suite, c'est-à-dire décider, financer et réaliser les travaux dans un immeuble habité, est décrite sur travaux de colonne montante en copropriété et qui paie quoi en copropriété.
En cas de danger
Une odeur de brûlé, des crépitements, de la fumée ou une coupure accompagnée de traces de chauffe ne relèvent pas d'un diagnostic programmé. N'ouvrez pas la gaine et ne manipulez pas les coupe-circuits. Prévenez le service de dépannage du gestionnaire de réseau, dont le numéro figure sur les factures d'électricité, et le syndic. En présence de fumée ou de flamme, appelez les pompiers.